
Ce n’est pas l’histoire qui produit les mythes, ce sont les mythes qui produisent l’histoire
Au-delà des apparences, les mythes recèlent des clés pour comprendre notre monde intérieur et notre place dans l’univers. Ce ne sont pas de simples histoires, mais des voies d’initiation, des invitations à reconnaître les dieux et les déesses qui vivent en nous. Découvrez comment ces récits anciens, la tragédie grecque et la psychologie jungienne sont interconnectés et peuvent éclairer votre chemin.
« Il ne serait pas exagéré de dire que le mythe est l’ouverture secrète par laquelle les énergies inépuisables du cosmos se déversent dans les entreprises créatrices de l’homme ». (Joseph Campbell)
Il n’existe pas de culture, de nation sans mythologie
D’un bout à l’autre du monde habité et de tout temps aucun groupement humain n’a jamais existé circulant tranquillement dans la réalité à la manière des autres animaux.
Les êtres humains ont toujours eu un besoin impératif de se relier à l’invisible, au mystère, aux dieux.
Les religions se sont exprimées à travers rites et croyances ; les cultures à travers le théâtre, les chants, les arts, qui tous ont façonné et structuré le corps et l’âme des humains et des sociétés.

Mythologie : le mot est emprunté au grec « mûthos » qui signifie histoire et « logos » discours. « Mûthos » relève du cerveau droit qui ouvre au mystère, aux espaces potentiels de l’intériorité de l’Homme, à la mélodie, au langage symbolique, à la pensée analogique. « Logos » relève du cerveau gauche qui préside à la parole, à la logique, au temps et aux rythmes.
L’humanisation de l’espèce humaine a d’abord commencé par la pensée symbolique. Les mythes et les contes sont la parole dans sa première gestation.
L’univers de l’homme paléolithique baigne dans le sacré. Tout y est miraculeux. Les cailloux, les arbres, les plantes, les animaux, tout est animé, tout a une âme. Il en va de même pour le petit enfant comme pour nos ancêtres lointains.
Pour comprendre et assimiler la réalité qui l’entoure, l’enfant a besoin de revivre certains évènements, de les mettre en scène, de les rejouer, d’en faire une histoire, un théâtre. Ce sont surtout les conflits affectifs qui apparaissent dans ces jeux symboliques.
De façon générale, le jeu symbolique sert à la résolution de conflits intérieurs, mais aussi à la compensation de besoins non assouvis, à des renversements de rôles, à la libération et à l’extension du moi et au développement de l’être.
Lorsque la parole ne fonctionne pas, c’est la violence qui gagne. Les mythes et les contes, par l’apprentissage du processus symbolique qu’ils proposent, sont là pour nous aider à faire sortir la parole de la violence. C’est de la naissance de l’Homme lui-même dont il s’agit.
La tragédie grecque, un acte sacré
Dans l’ancienne Grèce, les gens marchaient ou voyageaient dans des carrioles à âne pendant des kilomètres pour aller au théâtre de Dionysos, le dieu de la transe et de l’ivresse, celui qui brouille les frontières entre le réel et l’imaginaire. Une fois arrivés, sur les prescriptions des thérapeutes, ils assistaient à des pièces, des tragédies, livrés à l’ardeur du soleil, du matin au crépuscule.
Mais qu’est-ce qui rendait leur expérience du théâtre si fascinante, et différente de celle que nous connaissons ?
D’abord, le théâtre en lui-même était un milieu cosmique. Assis dans le théâtre de Delphes, par exemple, le public pouvait voir toute la baie de Corinthe, devant laquelle est la vallée que les Grecs considéraient comme le nombril du monde. Un comédien debout au milieu de cette scène participait à un événement cosmique ; il était en relation avec la totalité de l’univers.

Le public savait ce qui allait arriver au personnage principal, parce que les pièces étaient basées sur les mythes. Ils ne venaient pas découvrir ce qui allait arriver à Oreste, par exemple, mais pour s’identifier à lui, et par lui éprouver une catharsis, une purgation de leurs passions, un nettoyage de toute leur âme.
Au moyen de la tragédie, le désir de tuer la mère pouvait être vécu par identification au héros et émotionnellement évacué. Le spectateur se délivrait de la peur et de la pitié en voyant incarnées la peur et la pitié.
Et quand Athéna, déesse de la sagesse donne le vote décisif à Oreste pour arrêter le cycle de meurtre et de vengeance, le public faisait l’expérience de l’« en – theos » l’enthousiasme, ce qui signifie « le dieu entre à l’intérieur ». Dans cette ancienne forme de théâtre quelque chose de divin entrait dans les cœurs des gens.
Finalement, c’était un événement communautaire. La forme semicirculaire de l’amphithéâtre rassemblait le peuple dans la célébration d’un thème mythologique. On ne voyait pas seulement les comédiens dans leur milieu cosmique, mais aussi son voisin et le vendeur de poisson du bas de la rue. L’événement théâtral était une forme de communion entre les gens, et entre les gens et leurs dieux.
La tragédie grecque à travers les héros et les dieux, représente la révolte, le refus de la fatalité, la lutte de l’homme contre le monde, le destin, les errements et la rédemption. Le théâtre est dans le geste d’acter, ” de s’affirmer dans le présent d’une action ” fut-elle désespérée. C’était donc un acte sacré de guérison.
Qui sont les dieux ?
La mythologie de l’antiquité classique comporte un très grand nombre de dieux, déesses, demi-dieux, ou héros. Chaque puissance naturelle est représentée par une divinité. Et les mythes sont toujours une confrontation entre les dieux et les déesses et les mortels.
La plupart du temps nous mettons les dieux à l’extérieur. Nous créons des temples, et des temples différents comme si les dieux et les déesses étaient séparés.

Mais nous avons tous, en nous, les dieux et les déesses. Nos psychés se sont structurées à l’aulne de la mythologie de notre culture. Même si nous ne connaissons pas grand’ chose de la mythologie ! Les contes, les romans, le théâtre, le cinéma en sont pétris, même les jeux vidéo, et continuent de véhiculer les archétypes présents à travers les divinités de la mythologie.
L’expression « archétype » se rencontre déjà dans l’antiquité, notamment chez Philon d’Alexandrie et d’autres philosophes ainsi que chez les alchimistes. Pour eux, le terme se réfère à des sortes de Verbes-idées, lieux, images de tout ordre, qui n’ont pas été formés, mais sont contenus dans l’intelligence divine. On peut également dire que l’expression « archétype » se réfère à l’image de dieu en l’homme.
Pour C.G. Jung, le terme archétype renvoie à un mode de fonctionnement héréditaire. La sélection répétée de mutations fortuites, à travers des millénaires et des millions de générations, a fini par créer une structure archétypique de l’espèce humaine, son génotype actuel.
Chaque espèce animale dispose d’une gamme de comportements adaptés au milieu où elle s’est développée, chaque organisme évolue dans son milieu propre et rencontre au cours de son cycle vital, des situations typiques. Ainsi cette réalité se retrouve dans la structure de la psyché humaine aussi inévitablement que dans l’anatomie de son corps.
L’archétype se définit comme un centre ou une dominante innée que se partagent le cerveau et la psyché. Il est en mesure d’influencer et de modeler les grandes lignes de notre conduite et les expériences typiques de tous les êtres humains, quelles que soient leur « race », leur culture, leur époque ou leur situation géographique.
On peut donc considérer qu’un archétype, un dieu, est un « numen », au sens du grec ancien. Ce terme signifie : « manifester sa volonté par un signe de tête ». Il est appliqué à la manifestation d’une volonté divine et exprime la puissance propre d’un dieu. Les « numens » ou les dieux, sont des forces agissantes qui traversent la personne qui l’amène à se transformer ou à prendre telle ou telle décision ou avoir telle ou telle vision du monde.
Être initié, signifie être conscient que les dieux et les déesses sont en nous
Nous sommes donc invités, non pas seulement à vouloir ou essayer de comprendre mais plutôt à sentir la présence des archétypes, des dieux, la présence des forces signifiantes. C’est cette sensibilité-là en réalité qui va nous permettre d’agir sur et dans le monde, en commençant pas notre monde intérieur. Sentir la présence du monde du sens en nous, nous reconnecte au monde des étoiles, du cosmos, nous relie à notre histoire personnelle et nous reconnecte à la grande histoire.
Catherine Jenny

Incarner les héros des mythes lors du théâtre rituel est une expérience thérapeutique intense
Chaque année, généralement en avril, l’Ecole d’Art-Thérapie organise un stage – module de formation continue – au cours duquel les participants explore un mythe particulier. Par exemple, les mythes d’Oedipe, Inanna, Orphée, ou encore la Femme Squelette. Tous ces textes sont issus d’époques et de cultures différentes. Et c’est en s’imprégnant de ces récits anciens puis en incarnant les personnages de ces mythes et en ressentant les archétypes en présence, que les stagiaires peuvent en apprendre plus sur leur théâtre intérieur et vivre les guérisons nécessaires à leur propre évolution.
Incarner les héros des mythes lors du théâtre rituel est une expérience thérapeutique intense, c’est pourquoi ce stage s’adresse aux stagiaires en formation d’art-thérapeute en cycles 2, 3 et 4, et aux personnes ayant une expérience de thérapie ou de développement personnel.
>>> (Programmation et billetterie disponible dans notre agenda) – Prochain module dédié au mythe et au théâtre rituel de guérison prévu en avril 2025 – Thème et dates communiquées à partir de août-septembre 2025
Cependant les contes, les mythes et leurs dimensions symboliques ainsi que les archétypes sont à la base de la pédagogie de l’Ecole d’Art-Thérapie Catherine Jenny. Ils accompagnent les stagiaires tout au long de leur cursus de formation puis dans leur pratique en tant qu’art-thérapeutes. Ces récits sont d’ailleurs parfois utilisés comme fils rouge de stages ouverts à un public plus large.
Il n'y a pas d'évènements à venir.
Articles École



