
La nature n’est pas folle : accompagner le traumatisme en art-thérapie
Face à une menace, notre organisme déploie des mécanismes de survie d’une puissance insoupçonnée. Mais que se passe-t-il lorsque cette énergie reste bloquée dans notre système nerveux sous forme de “figement” ? À travers l’histoire fascinante de Peter Levine et de sa patiente Nancy, découvrez comment le corps inscrit le traumatisme dans sa mémoire… et comment le décodage de ce langage sensoriel devient un outil indispensable pour la pratique des professionnels de la relation d’aide et de l’art-thérapie.
La nature n’est pas folle
Alors que l’on demandait à un chaman qui avait passé trois mois, seul, dans la forêt amazonienne : « Qu’as-tu découvert d’important au cours de ces trois mois ? », celui-ci a répondu : « Ce qui m’a le plus frappé, c’est l’extraordinaire harmonie du vivant et sa beauté ! »
La nature a inventé cette chose étonnante qui est le fait que cette harmonie naisse du conflit, c’est-à-dire de la tension permanente entre la vie et la mort, entre les contraires. Alors que l’être humain, évidemment, dans son inversion, a inventé quelque chose qui s’appelle l’art de la guerre.
Même lorsqu’ils sont en compétition pour une source de nourriture ou pour un territoire, les animaux d’une même espèce ne s’entretuent pas. Pourquoi le faisons-nous ? Pourquoi nous torturons-nous, nous entretuons-nous ? Que ce soit à grande échelle ou dans la sphère plus intime.
Amour et haine sont deux tendances fondamentales de l’espèce humaine. Et ce qui est sans doute plus fondamental encore, c’est son extrême vulnérabilité aux traumatismes.
Les traumatismes font partie de la vie…
Déjà utilisé depuis la médecine antique le mot « trauma » qui signifie « blessure » désignait une atteinte des tissus vivants causée par un agent externe et pour des symptômes considérés aujourd’hui comme « psychotraumatiques » comme les « rêves de combat » des guerriers chez Hippocrate.
Les guerres se répètent dans l’histoire de l’humanité. « Leur perpétuation, l’intensification et la violence extrême de la guerre peuvent être attribués en partie au stress post traumatique. Nos confrontations passées ont généré un héritage de peur, de séparation, de préjudice et d’hostilité. Cet héritage est celui d’un traumatisme qui n’est pas fondamentalement différent de celui vécu au niveau individuel – si ce n’est par ses dimensions.
La « remise en acte » est une des plus fortes et plus durable conséquence d’un traumatisme. Une fois que nous avons été traumatisés, il est presque certain que nous continuerons de répéter ou de remettre en acte des parts de cet événement. Nous serons happés encore et encore dans des situations qui rappellent l’ancien traumatisme.
(Peter Levine)
Chacun sait comment son organisme s’active en situation de danger : augmentation des battements du cœur, et renforcement de l’acuité des sens qui permettent la réaction face à la menace. Les scientifiques, depuis les années 1920, connaissent les hormones du stress, le cortisol et l’adrénaline. Ils pensaient que leurs effets se dissipaient une fois le danger disparu.
Mais des chercheurs qui se sont spécialisés dans le domaine du traumatisme ont découvert que certains changements physiologiques persistent. Ainsi, il semblerait que le père et la mère puissent inscrire dans leurs gamètes (cellules reproductives) le souvenir moléculaire d’un incident vécu et donc le transmettre à leur descendance. (Des études sont toujours en cours)
… heureusement on peut en guérir !
Peter Levine a mis au point une méthode pour libérer en douceur et de manière sécurisée cette tornade qui hante le système nerveux. Sa méthode de reviviscence active et sensorielle est un processus plus progressif : « la Somatic Experiencing »
Il a commencé à faire des liens entre la réaction « de figement » des animaux et la paralysie qui peut saisir une personne traumatisée grâce à l’une de ses patientes, Nancy, qui est venue le voir en 1969.
Cette dernière souffrait d’intenses attaques de panique qui l’empêchaient de quitter seule sa maison. Le thérapeute a d’abord essayé de l’aider à se relaxer, ce qui lui a déclenché une impressionnante crise de panique qui l’a paralysée et l’a empêchée de respirer. Très inquiet pour sa patiente, Peter Levine a laissé de la place à sa propre peur tout en essayant de la canaliser : soudain, l’image d’un tigre lui est passée par la tête. Il a crié à sa patiente tétanisée : « Vous êtes attaquée par un énorme tigre. Regardez le tigre qui arrive sur vous. Courrez jusqu’à un arbre. Grimpez-y et sauvez-vous ! »
À sa surprise, les jambes de Nancy ont commencé à trembler et à bouger comme si elle courait. Puis, elle a poussé un cri glaçant et tout son corps a été pris de secousses et de tremblements pendant une heure.
Pendant que son organisme déchargeait toute cette énergie, elle s’est souvenue d’un événement traumatisant qu’elle avait vécu à l’âge de 3 ans : elle avait été opérée des amygdales et avait été endormie avec de l’éther. Ce produit l’empêchait de bouger et la faisait suffoquer tout en lui provoquant d’horribles hallucinations. Son corps, incapable de fuir, était donc entré dans une réaction de figement.
« Les ressources qui permettent à une personne de faire face à une menace peuvent aussi servir à sa guérison »
Cette expérience a complètement chamboulé la compréhension du traumatisme de Peter Levine : « Je sais maintenant que ce n’est ni la spectaculaire catharsis émotionnelle ni la reviviscence de son amygdalectomie qui ont provoqué sa guérison, mais la décharge d’énergie qui s’est produite lorsqu’elle a remplacé sa réponse passive de figement par une échappée active et couronnée de succès. L’image du tigre a réveillé son moi instinctuel et réactif. J’ai compris une autre chose importante lors de cette séance : les ressources qui permettent à une personne de faire face à une menace peuvent aussi servir à sa guérison. Ceci est vrai lors de l’événement et reste vrai des années après celui-ci. »
🌿 Du récit clinique à votre pratique professionnelle
L’histoire de Nancy et les découvertes de Peter Levine mettent en lumière la nécessité, pour l’art-thérapeute, de savoir décoder le langage du corps, du figement et du système nerveux. C’est précisément pour vous transmettre ces clés de compréhension et de guidage sensoriel que l’École Catherine Jenny vous propose ce module de formation continue.
FORMATION CONTINUE : “Accompagner le traumatisme en art-thérapie”
Au programme de ces 3 jours de stage :
- Théorie clinique : Comprendre la physiologie du trauma, le mécanisme de figement et la notion de mémoire cellulaire.
- Dispositifs d’art-thérapie spécifiques : Comment utiliser la matière, la forme et le mouvement pour réveiller les ressources instinctives de guérison en toute sécurité.
- Posture thérapeutique : Apprendre à canaliser sa propre peur et à offrir un cadre contenant et sécurisé lors des décharges émotionnelles ou sensorielles.
Prochaine session :
📅 Du vendredi 19 au dimanche 21 juin 2026
📍École d’Art-Thérapie Catherine Jenny – 08 Rue Renouvier, 67600 SELESTAT
👤 Art-thérapeutes diplômés, étudiants avancés et professionnels de la relation d’aide.
Les places sont strictement limitées pour garantir la qualité de l’accompagnement et des supervisions lors des expérimentations pratiques.
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