
Art-thérapie et Trauma : un chemin de guérison et de résilience exploré par Catherine Jenny
Le lien profond entre l’art-thérapie et le trauma révèle un chemin de guérison unique, exploré avec finesse par Catherine Jenny lors d’une conversation marquante au Forum de l’Enfance Libre le 16 septembre 2021. Dans un monde où les séquelles des expériences traumatiques, en particulier celles vécues durant l’enfance, peuvent persister et impacter profondément la vie d’un individu, l’art-thérapie offre une approche sensible et créative pour dénouer les nœuds émotionnels et favoriser la reconstruction après un trauma. Redécouvrons ensemble cet échange essentiel qui met en lumière comment l’expression artistique peut offrir une voie de résilience face aux blessures profondes et comprendre le rôle central de cette forme de thérapie dans ce contexte spécifique.
>>> Retrouvez dans la suite de cet article, les points essentiels à retenir de l’interview de Catherine Jenny réalisée dans le cadre du 4ème Forum de l’Enfance Libre sur le thème de l’enfance exposée aux traumatismes
(Vidéo Facebook Live – 16 avril 2021 – Durée environ 1h00).
Au-delà du Dessin : La Richesse de l’Art-thérapie face au Traumatisme
Loin de se limiter aux crayons et au papier, l’art-thérapie telle que la conçoit et la pratique Catherine Jenny embrasse une diversité d’expressions artistiques qui permettent d’accéder à des niveaux de communication et de compréhension souvent inatteignables par la seule parole. Elle cite notamment le chant, le mouvement corporel, le théâtre, la peinture, l’utilisation de la photographie, ou encore l’écriture comme autant de portes d’entrée vers l’exploration intérieure.
Souvent, l’invitation à dessiner peut même se heurter à des blocages initiaux, en particulier chez les personnes ayant vécu des expériences traumatiques durant l’enfance. Ces blocages peuvent être liés à des croyances profondément ancrées concernant le “bien faire” artistique, ou à la réactivation de critiques entendues durant l’enfance (“c’est moche”, “ce n’est pas réussi”). C’est pourquoi l’approche de l’art-thérapie humaniste privilégie souvent un travail plus libre, invitant la personne à explorer les matériaux, les matières et ses propres sensations sans la pression d’un résultat esthétique prédéfini. Il s’agit de mettre en œuvre des formes créatives parfois inédites et inhabituelles, qui dépassent les conceptions habituelles de l’expression artistique. Catherine Jenny souligne d’ailleurs que plus la créativité est déployée en séance, plus elle se développe pour irriguer la propre existence de la personne.
>>> En savoir plus sur les médias utilisés en art-thérapie.
Le Processus de l’Art-thérapie pour la Guérison du Trauma
Le cheminement en art-thérapie pour la guérison du trauma débute par une étape cruciale : l’établissement d’une alliance thérapeutique solide. Ces premiers entretiens sont dédiés à la rencontre, à la connaissance mutuelle et à la permission pour la personne accueillie de déposer les raisons de sa venue, ses souffrances et ses désirs de changement. Catherine Jenny insiste sur le fait que la construction de cette confiance peut prendre du temps, parfois plusieurs séances, en particulier lorsque la personne porte des traumatismes graves, des expériences intimes et douloureuses qu’elle n’a peut-être jamais partagées. La délicatesse et le respect du rythme de chacun sont alors primordiaux.
La deuxième étape consiste à permettre à la personne d’exprimer ce qui est peut-être inexprimable par les mots, à travers le choix d’un matériau ou d’une forme artistique qui résonne avec sa sensibilité. Pour ceux qui affirment initialement “ne pas savoir faire”, tout le travail de l’art-thérapeute consiste à accompagner progressivement la personne vers une conscience suffisante pour oser laisser une trace, que ce soit une couleur sur une feuille blanche ou une forme modelée avec de la terre. Il s’agit souvent de déconstruire des injonctions passées, ce “re-parentage” évoqué par Catherine Jenny, pour que la personne se sente en confiance et ose enfin exprimer quelque chose d’authentique, libérée des attentes et des jugements. Ce processus est complexe et profondément humain.
Quand le Corps se Souvient : L’Art-thérapie, un Allié Essentiel Face au Trauma
Catherine Jenny souligne avec force l’inscription profonde du trauma dans le corps. Ce ne sont pas seulement les émotions ou les pensées qui sont affectées, mais également la physiologie, les tensions musculaires et les schémas corporels.

Elle illustre ce point avec l’exemple poignant d’une personne venue exprimer son besoin de rassurance et son sentiment de vulnérabilité. En lui proposant de sculpter son corps, cette personne a adopté une posture de repli sur elle-même, se protégeant dans ses bras, une position paradoxalement dangereuse car elle l’empêchait de voir le danger arriver.
La dimension corporelle de l’art-thérapie face au trauma peut ainsi offrir une voie puissante pour libérer ces tensions et ces mémoires somatiques. Dans l’exemple cité, la patiente a progressivement accepté de se déployer, déclenchant des tremblements incontrôlables dans tout son corps. L’accompagnement de l’art-thérapeute, par sa présence contenante et rassurante, a permis à cette libération d’avoir lieu en sécurité. Bien que les mots aient été rares au début, cette expérience corporelle a permis d’accéder à la mémoire traumatique d’abus subis. Catherine Jenny insiste sur le fait que la guérison passe toujours par le corps, car l’information du corps remonte plus directement au cerveau que l’inverse. Créer, bouger, trembler sont autant de moyens de favoriser une décharge émotionnelle et de s’engager sur le chemin de la guérison, sans nécessairement avoir besoin de tout comprendre intellectuellement.
Quand le Théâtre et le Conte Révèlent et Transforment
L’art-thérapie et le trauma trouvent des alliés précieux dans des formes d’expression narratives et symboliques comme le théâtre et le conte.
Le Théâtre Ritualisé :
Pour Catherine Jenny, le théâtre thérapeutique se distingue par sa ritualisation (temps d’ouverture, espace défini, temps de clôture), créant un cadre psychique sécurisé pour l’exploration. Il permet de mettre en scène des situations personnelles difficiles, pas nécessairement des traumas graves, mais qui ont laissé des empreintes et des croyances limitantes. Par exemple, rejouer des scènes de l’enfance liées à la relation avec les parents peut offrir une nouvelle perspective sur des dynamiques intériorisées. L’étape suivante consiste à imaginer une “scène réparatrice“, où la personne peut enfin agir comme elle n’a pas pu le faire dans le passé, libérant ainsi des croyances et des blocages.
De plus, l’utilisation de la mythologie de manière ritualisée permet d’explorer des archétypes (héros, monstres, dieux) et d’expérimenter différentes facettes de l’humain. Chacun projette sa propre histoire à travers ces figures, découvrant ainsi une dimension universelle à sa souffrance et reconnaissant la possibilité d’une rédemption, d’un processus de guérison. L’exemple du stagiaire jouant le Minotaure, exprimant son manque maternel à travers un rôle “monstrueux”, illustre comment le théâtre peut révéler des parts d’ombre et des blessures profondes de manière inattendue et parfois même légère.
Le Conte Métaphorique :
Catherine Jenny utilise le conte par petites touches ou lors de stages spécifiques, car il agit comme un miroir de la psyché humaine, offrant du sens et des réponses aux expériences intérieures et extérieures. Plutôt que des explications intellectuelles directes, le conte permet de contourner les systèmes de défense. L’histoire de l’érudit et de la tasse illustre la nécessité de se vider de ses préconceptions pour pouvoir recevoir et apprendre.
Les contes peuvent également valoriser le cheminement thérapeutique, en présentant la personne qui consulte comme un “guerrier de la paix”, un héros courageux qui ose affronter ses difficultés. L’ébauche du conte du septième fils met en lumière l’incertitude du chemin, l’importance d’ouvrir son cœur aux aides inattendues et la nécessité de se dépouiller de l’ancien pour avancer vers la guérison, symbolisée par la “fée” représentant la fécondité et l’ouverture aux opportunités.
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Art-thérapie et Résilience Face au Trauma Infantile

Catherine Jenny nuance l’idée reçue selon laquelle “ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort”, préférant se concentrer sur le potentiel d’éveil que peut receler la souffrance. Elle illustre cela avec l’histoire poignante d’une personne ayant survécu à un grave accident de voiture. Le trauma initial, teinté de culpabilité, a progressivement évolué vers une prise de conscience profonde de la fragilité de la vie et de son propre mode de fonctionnement.
Dans cette optique, l’art-thérapie et la résilience face au trauma infantile sont intrinsèquement liées. L’approche thérapeutique vise à donner du sens aux symptômes souvent associés au trauma, tels que la colère bloquée ou les douleurs chroniques. Face à une colère intense et bloquée, la première étape consiste à l’écouter, à chercher les “mots qu’elle voudrait dire”, car elle est souvent l’expression d’une accumulation de non-dits et d’inhibitions précoces. De même, face aux douleurs chroniques, l’art-thérapie propose une écoute attentive de la sensation, explorant sa couleur, sa forme et son impact sur le corps, pour ensuite faire le lien avec l’histoire de la personne et favoriser un relâchement des tensions physiques et émotionnelles. Catherine Jenny témoigne de changements corporels significatifs chez certains de ses stagiaires au fil de leur formation, soulignant le potentiel de transformation profonde de cette approche.
En conclusion, cette interview avec Catherine Jenny met en lumière le rôle essentiel de l’art-thérapie et son application dans le contexte du trauma, comme approche holistique et respectueuse pour la guérison et la construction de la résilience. En offrant un langage au-delà des mots et en mobilisant l’être dans sa globalité, la thérapie par l’art ouvre un espace unique d’expression, de compréhension et de transformation pour ceux qui portent les cicatrices du passé et cherchent à surmonter les séquelles d’un trauma.
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Chaque année en juin généralement, un module de formation continue est proposé à l’Ecole d’Art-Thérapie Catherine Jenny. Cette session de 3 jours est intégrée au cycle 4 du parcours de formation d’art-thérapeute, et est également ouvert aux art-thérapeutes, praticiens de la psychothérapie, professionnels de l’accompagnement et de la relation d’aide (en exercice ou en formation).
Programmation et billetterie disponible dans notre agenda.

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